Le sélectionneur des Bleus, sans se dire «prétentieux», souligne que son équipe est «prête» à être «encore plus performante», mercredi contre le Portugal, que contre l'Espagne (3-1) et le Brésil (1-0). Il renvoie à Luiz Felipe Scolari l'étiquette de «favori» de la demi-finale qui, pour lui, n'a aucun sens concernant des équipes si proches dans leur niveau de jeu. Il cherche à se protéger de la filiation entre le parcours actuel des Bleus et celui de 1998. Il ne voit aucune utilité à rappeler que la France a battu deux fois le Portugal en demi-finale de l'Euro (3-2 a.p. en 1984 et 2-1 but en or en 2000). Raymond Domenech n'a toujours qu'une seule obsession : être le 9 juillet à Berlin pour la finale, plutôt que le 8 à Stuttgart.
«Raymond Domenech, comment sentez-vous l'équipe de France à vingt-quatre heures de sa demi-finale contre le Portugal ?
Nous sommes prêts, pas prétentieux, mais prêts. Une demi-finale est un moment exceptionnel mais cela reste dans la ligne de ce qu'on a mis en place. Il faudra être encore plus performant que lors des derniers matches.
Luiz Felipe Scolari a présenté la France comme le favori de ce match et c'est votre statut depuis votre victoire contre le Brésil. Qu'en pensez-vous ?
Les étiquettes, c'est l'extérieur qui nous les colle. D'ailleurs on n'avait pas la même après le match de la Suisse. Nous ne revendiquons rien. Scolari nous redonne cette étiquette, mais il est le champion du monde actuel en tant que sélectionneur. Donc je lui renvoie la balle : le favori, c'est lui. Les joueurs jouent dans les mêmes clubs. Ils connaissent parfaitement bien leurs points faibles et leurs points forts.
Sur les quatre grandes demi-finales de son histoire, le Portugal en a perdu trois, dont deux face à la France en 1984 et 2000...
Je ne fais pas de statistique. Elle s'effacera dès que l'arbitre aura sifflé le début du match. C'est bon pour l'histoire de savoir ça, pour plus tard, ça nous permet de se raconter des choses. Mais notre histoire à nous, on veut la vivre et elle commencera mercredi à 21 heures.
Six joueurs sont sous le coup d'une suspension s'ils reçoivent un nouveau carton jaune. Craignez-vous qu'ils pensent à protéger leur éventuelle finale ?
Arrêtez de me parler de ça. Il faut jouer la demi-finale avant de penser à la finale. Pour moi, ça s'arrête là. Le reste, je m'en occuperai après.
Dans la réussite de vos deux derniers matches, qu'est-ce qui appartient au fait que vous avez pu aligner deux fois de suite la même équipe pour la première fois depuis votre nomination ?
Je suis content que vous le remarquiez. C'est bien qu'on puisse le faire, mais ce n'est pas une obligation. La forme du moment et l'adversaire peuvent conduire à des changements. Mais ça permet de travailler dans la continuité. On dure dans la Coupe du monde, on peut le faire, c'est un plus. Mais je ne publierai pas la composition de mon équipe avant mercredi soir. (NDLR, il est probable que Raymond Domenech aligne le même onze de départ que face au Brésil et l'Espagne, auquel cas ce serait la première fois depuis 1958 qu'une équipe de France jouerait trois fois de suite avec la même équipe : Barthez - Sagnol, Thuram, Gallas, Abidal - Vieira, Makelele - Ribéry, Zidane, Malouda - Henry).
Avez-vous l'impression que votre équipe s'est trouvée dans la difficulté ?
C'est une constante dans les Coupes du monde. Je n'ai pas de souvenir d'équipe euphorique en préparation, euphorique au premier tour et qui soit allée au bout. C'est long, un mois et demi ensemble à travailler, à s'écouter, à rester éloigné de chez soi. Tenir ou pas, c'est le résultat de divers ingrédients. Le seul moment où ça pourra basculer entre difficulté et réussite, c'est le 9 juillet après le match. Avant, c'est de la reconstruction permanente. Il y a aujourd'hui un basculement dans l'opinion et dans la façon dont les gens nous voient. Dans notre confiance aussi, c'est vrai, mais c'est logique. Les bons matches renforcent chacun dans ce qu'il est capable de faire.
Certains aspect du jeu de l'équipe et des retombées de son parcours rappellent 1998. Y êtes-vous sensible ?
Non. On vit notre expérience. Certains anciens peuvent avoir une mémoire de ce qui s'est passé, mais c'est autre chose, c'est une autre équipe, un autre moment. Nous avons notre histoire à vivre. Les comparaisons deviennent fatigantes à la fin.
Et 2002 ? Pensez-vous avec le recul que ce souvenir a perturbé les joueurs ?
Oui un peu, c'est vrai. Ça a pu exister. Ils n'avaient pas envie de refaire ce qui s'était passé en Corée, et ça freinait un peu certains. Je l'ai ressenti au départ. Le fait de passer a peut-être permis une libération.
Ceci explique les débuts pénibles contre la Suisse ?
Les débuts contre la Suisse n'ont pas été pénibles. La Suisse était une équipe bien organisée, solide, et bien préparée, qui nous a posé des problèmes. On n'a pas pu la battre une seule fois en deux ans, pas plus en phase finale que pendant les qualifications.
Cherchez vous à isoler au maximum vos trois joueurs sous contrat avec la Juventus (Thuram, Vieira et Trezeguet ont appris mardi que leur club risquait une relégation en Série C) ?
Si vous avez un moyen de le faire, donnez le moi. C'est là, c'est dans l'air, ça tombe maintenant. C'est un peu gênant, mais ils ont mis une barrière autour de tout ça. L'objectif, c'est le 9 juillet. Ce n'est pas le moment pour parler d'autre chose.
Avez-vous un message au sujet de l'arbitrage, comme avant France-Brésil ?
Je ne connais même pas sa nationalité. Il est uruguayen ? C'est celui de France-Togo ? (Il réfléchit et sourit). Non, rien.»