| Les arbitres anglais sont la cible depuis plusieurs semaines d'attaques d'une rare virulence d'entraîneurs et de joueurs, qui, encouragés par la passivité de la fédération (FA), usent d'un langage fleuri dont le football anglais a le secret.
PHOTO : L'arbitre anglais Phil Dowd (c) à la fin du match Blackburn-Tottenham marqué par plusieurs expulsions, le 19 novembre 2006.
Samedi, l'entraîneur de Watford, Adrian Boothroyd, concédant que la prison serait excessive, a proposé que les mauvais arbitres "soient mis dans des réserves et qu'on leur jette des tomates pendant une semaine". "Pourquoi, nous, malheureux entraîneurs, supporterions ce genre de m...?", a-t-il demandé. La FA n'a pas engagé la procédure à laquelle l'intéressé lui-même disait s'attendre.
La mauvaise foi des acteurs du football, protégés par la puissance financière des clubs, a été illustrée dimanche par les entraîneurs de Blackburn et Tottenham, Mark Hugues et Martin Jol, qui après un match nul (1-1), ont tous deux estimé avoir été floués par Phil Dowd.
Mike Newell, qui dirige Luton en 2e division, a demandé que les femmes ne puissent pas arbitrer: "C'est déjà suffisamment difficile avec les incapables que nous avons"... La FA s'est émue mais aucune sanction n'est envisagée et si son club a failli renvoyer Newell, c'est parce qu'il s'en était aussi pris à ses dirigeants "incompétents".
La FA a certes été contrariée, en octobre, par l'attaquant d'Everton James McFadden, accusé d'avoir lancé "p... de tricheur" ("Fucking cheat") à Graham Poll. Dans une défense surréaliste, l'Ecossais a expliqué avoir été mal compris: il avait en fait dit "fucking shit" ("p... de m..."), ce qu'il semble considérer moins grave, convainquant visiblement la FA qui n'est pas allée plus avant.
Poll avait déjà été la cible des joueurs de Chelsea qui, après l'avoir entouré avec véhémence sur le terrain, lui avaient reproché "un manque de respect" --terme prisé des footballeurs anglais-- pour avoir dit (horreur!), qu'ils avaient besoin d'une "leçon de discipline", phrase que Poll a d'ailleurs réfuté avoir prononcée.
Leur entraîneur, Jose Mourinho, spécialiste du tir au pigeon arbitral, avait demandé que les hommes en noir soient contraints d'expliquer leurs décisions devant la presse, puis obtenu un entretien avec le responsable des arbitres de la FA pour se plaindre de Poll.
"Jésus, Marie, Joseph. Comment ce monde tourne-t-il ?", s'était alors exclamé un entraîneur de la vieille école, Alex Ferguson, qui avait espéré, vraisemblablement en vain, que Poll, malgré les critiques de Mourinho, soit maintenu, comme prévu, pour la rencontre entre son équipe de Manchester United et Chelsea dimanche.
Les conférences de presse tournent à la rengaine assommante et plaintive sur l'arbitrage vidéo. L'attaquant d'Arsenal, Thierry Henry, souhaite que les joueurs puissent discuter avec les arbitres, comme au rugby, dit-il.
Sauf qu'un rugbyman ne s'aviserait pas de contester une décision et ne se risquerait pas à 5% des outrances d'un footballeur, rappelle l'ancien arbitre international David Elleray: "J'étais à Twickenham samedi (pour Angleterre-Afrique du Sud). On pouvait entendre l'arbitre. Le respect montré par les joueurs, même lors des décisions sujettes à controverse, m'a fasciné. Comparez-ça avec le football, où les attaques par les joueurs, les entraîneurs, les supporteurs et même les médias sont un sport légitime!".
"On nous a habitués à ces abus. Il existe désormais un seuil de tolérance", regrette le responsable des arbitres anglais, Keith Hackett. Elleray en appelle à un "changement culturel". Sans quoi, met-il en garde, "le football va mourir". |